Trois traversées à enchaîner dans les grottes du Barranco de la Sota

La traversée Cuevas Sopladoras – Cueva del Agua dans le Val d’Ason, après avoir été très longtemps boudée par les spéléologues visiteurs, est désormais plus régulièrement fréquentée.

Je ne m’attarderai donc pas pour l’heure sur cette grotte mais sur deux autres petites traversées plus en amont dans le ravin de la Sota qui, outre leur intérêt propre, ont la particularité de former avec la cueva del Agua une succession de trois parcours souterrains pouvant être enchaînés les uns après les autres en ne ressortant que très peu à l’air libre :

Las Cubias – Cueva Fria (420 m, -45)

Torca de la Llana de Brezal – Manantial de Cuesta Avellano (950 m, -141)

Cuevas Sopladoras – Cueva del Agua (2600 m, -225, -192 à l’entrée)

Avellano_travers_es

CarcelezApproximativement le trajet souterrain cumulé représente 4 km pour environ 400 m de dénivelé.

Pour accéder au barranco de la Sota il faut d’abord remonter les ravins de Rolacia jusqu’aux cabanes d’El Chumino (1 heure). A partir de là on emprunte la branche sud des ravins soit en remontant près du fond du thalweg (à éviter en été à cause de la végétation luxuriante) ou en se dirigeant au dessus des prairies pour passer ensuite en vire sous la première barre calcaire et les grottes de las Carcelez.  

Cuesta_Avellano_cascades___CopieLe sommet des grandes cascades de Cuesta Avellano est un bon point de repère (2 heures) .

A cinquante mètres de là et un peu plus haut, le ruisseau sourd du Manantial de Cuesta Avellano (n° 61 et 106 - z = 825 m). En effet, nous sommes juste sur le sommet du complexe gréseux d'Ason, substratum imperméable des réseaux souterrains locaux. Désormais aux couleurs rouilles et brunes vont succéder les tons plus clairs des patines des calcaires. En laissant la résurgence à main droite on passe au pied des Cuevas Sopladoras (n° 54 – z = 820 m). La suite de la marche s'effectue tantôt dans le lit, tantôt en rive gauche du ravin. Les entrées de la Cueva Fria (n° 92 - z = 1003 m) et de la Torca de la Llana de Brezal (n° 91 - z = 966 m) sont un peu moins évidentes. Le grand porche de la Cueva Fria s’ouvre une soixantaine de mètres au dessus du thalweg, en rive droite peu avant un grand coude du barranco. En face, une petite fenêtre topographique créée par un affluent asséché, le regato Callejon, permet l'accès à une jolie doline à fond plat, la Llana de Brezal. La Torca 91 s'ouvre dans le bois tout près de la petite mare du pré. En poursuivant dans les blocs la remontée du barranco de la Sota, on rencontre la Cueva Scoumoune (n° 299 - z = 1005 m) puis, en empruntant la lande du flanc nord du vallon, on ne peut manquer en face les trois entrées de Las Cubias ( n° 69 - z = 1050 m) dominant un petit bouquet de hêtres tordus émergeant d'un tapis de myrtilles (2 heures 30).

Primavera___CopieSi on souhaite avoir une vue plus complète des grottes du ravin on peut poursuivre la randonnée et, quelques minutes plus tard, on atteint les entrées de la Cueva de la Primavera (n° 288 et 289 - z = 1075 m) et la perte du ruisseau pérenne de la Sota (n°73).


Coordonnées des entrées

Las Cubias
X = 447,601 ; Y = 4786,126 ; Z = 1050 m
Fria
X = 447,835 ; Y = 4786,350 ; Z = 1003 m
Llana de Brezal
X = 447,781 ; Y = 4786,465 ; Z = 966 m
Cuesta Avellano
X = 448,372 ; Y = 4786,655 ; Z = 825 m
Sopladoras
X = 448,398 ; Y = 4786,583 ; Z = 820 m

 
La traversée Las Cubias – Cueva Fria

 Avellano_fria

cubias_69___CopieA cinquante mètres de l’entrée principale un puits de 16 m barre la galerie. En bas, si on suit le fond du méandre on se retrouve rapidement dans un cul-de-sac sous l’important remplissage du conduit. Il faut en réalité passer sur ce remplissage dès un petit ressaut du méandre. Une vire qu’on pourra éventuellement sécuriser contourne un vide de 15m qui troue les sédiments. On se laisse guider par le violent courant d’air (aspirant en été) pour rejoindre la galerie principale de la cueva Fria (170 m). Vers l’aval, après un ressaut (le mur), la cavité perd son aspect méandriforme pour devenir rectiligne, en V renversé, jusqu’à la sortie qui nécessite une petite escalade de 2 m (450 m).

Deux cents mètres suffisent pour aller à la torca de la Llana de Brezal. On évite de descendre complètement le couloir de la Fria jusqu’au fond du ravin pour longer la corniche à gauche. Une fois au niveau du thalweg l’objectif est soixante mètres au nord.

 

La traversée Torca de la Llana de Brezal - Manantial de Cuesta Avellano

Avellano_brezal

Avellano_Brezal___CopieLa Torca débute par un entonnoir de 3 m de profondeur et un puits de 13,5 m au contact d'une belle faille oblique. La descente peut éventuellement se faire en désescalade mais il est possible d’équiper sur un arbre dehors ou sur de belles racines à -3. Au pied de la verticale le calcaire laisse apparaître de belles gerbes de polypiers.
Après deux petits ressauts (R.2 et R.4 sans équipement), la galerie établie sur la faille rejoint un petit actif temporaire. En aval, un changement brusque de faille modifie la direction de la galerie qui prend de l’ampleur. Après descente d'un chaos de blocs on retrouve le ruisselet qui commence à inciser le substratum gréseux pour former un peu plus loin de jolies marmites patinées de noir.
Avellano_pozoAu niveau d'une grande rotonde, le banc de grès percé donne accès au vaste P. 27 (équipement délicat, de préférence dans le banc calcaire au dessus du grès) formé d’un premier ressaut de 4 m dans les grès puis d’une verticale de 23 m. Une fois passés à l'étage inférieur, nous rejoignons le gros collecteur de Cueva Avellano au pied de la salle.
Vers l'aval, on le suit facilement dans une galerie relativement modeste jusqu'à une trémie et il faut revenir quelques mètres en arrière pour effectuer une escalade (E. 8) à équiper éventuellement pour les moins habiles. Elle donne sur un étroit conduit (le seul !) très ventilé, le "boyau de l'espoir" qui, après un ressaut de
5 m (désescalade), rejoint sur le collecteur (420 m, -110).
On peut alors suivre le ruisseau sans problème sur 530 m jusqu'à la résurgence via de spacieuses et sympathiques galeries. Seuls des plans d’eau peu profonds près de la sortie obligent à se mouiller jusqu’aux genoux. Une dernière grimpette (E.4) au toit de la galerie marque le terme de la traversée (950 m, -141).

Sopladoras_2___CopieIl suffit alors de traverser le vallon et ses moraines pour rejoindre les grottes soufflantes (qui aspirent la plupart du temps !).

Techniquement le parcours de ces trois traversées ne pose aucune difficulté sérieuse.
Il nécessite cependant une condition physique convenable car la marche d’approche est assez longue et éprouvante avec ses 800 m de dénivelé. Il est bon de prévoir une sortie de jour de la cueva del Agua car la descente vers Ason n’est pas toujours une partie de plaisir.
C’est au printemps que l’on circule le mieux en dehors des grottes en profitant de la végétation minimale.
Le cheminement emprunte la plupart du temps des conduits actifs ou temporairement actifs ; il faut donc rester soucieux des risques de fortes crues.